L'essoufflement au bout du micro

Le rap sénégalais dévie de l'axe de son discours essentiel et s'essouffle dans sa virulence. Les écorchés vifs des années 90 auraient-ils définitivement mis leurs verres à l'envers ?

" On ne peut pas être mécontent toute sa vie ". Tels sont les termes par lesquels un rappeur a résumé à suffisance le constat selon lequel le rap sénégalais s'essouffle de plus en plus dans son propos. Du moins, les rappeurs ont-ils décentré l'axe originellement par eux ciblé, " source de tous les maux sociaux et économiques ", comme le déclarait Iba de Rap'Adio, dans une des conférences de presse du possee de Grand'Dakar. Cet axe, c'était le politique. " Les Sénégalais vivaient dans des conditions difficiles. Il fallait en parler pour faire comprendre au peuple que le changement était possible et qu'il dépendait de lui. " Big D, qui s'exprime ainsi, et ses camarades ont été entendus et compris. À propos du président Abdou Diouf et de son régime, les kids s'étaient passés un seul mot d'ordre : feu à volonté ! 19 mars 2000, le régime socialiste est tombé, l'alternance est réalisée. Pour autant, les problèmes ne se sont pas dissous. Mais très vite, des rappeurs entrent en contradiction avec l'essence même du rap et du Hip Hop en général. À savoir, un mouvement revendicatif qui épie et colle aux basques du système pour en extirper les scories. Mieux, ou pis, certains faiseurs de rimes ont mis leurs vers à l'envers dans leurs productions sous alternance, s'ils n'ont pas tout simplement alterné. Un Parti comme le Rassemblement démocratique sénégalais (Rds) de Abdoul Latif Guèye a eu à enregistrer sur sa liste un rappeur en vue comme Bill Diakhou sous le couvert de la structure humanitaire Afrique Aide Afrique (AAA).

Didier Awadi, leader du Positive Black Soul (PBS) récuse par ces propos l'affirmation selon laquelle le rap est en train d'occire son jugement critique : " Notre message est exactement le même depuis le début. Ce qui a changé, c'est l'écho qu'il trouve dans les populations. Le public y est moins attentif à présent. Pourquoi ? je ne sais pas. " Mais, conclut-il, " le but du rap a toujours été et restera toujours celui de créer un mouvement de conscience ".

Même si nous sommes d'accord avec Xuman du Pee-Froiss pour dire que " le rap sénégalais maîtrise de mieux en mieux les arcanes de son expression artistique ", il demeure qu'il a besoin de faire son examen de conscience dans un contexte où, plus que jamais, il n'est pas question de baisser la garde. Les Hip Hop Awards de décembre seront peut-être la tribune pour un rappel à l'ordre.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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