Industrie musicale le rap de plus en plus indésirable

Le rap sénégalais n'est pas rentable financièrement, et pêche par défaut d'authenticité. Et si l'on y ajoute les hologrammes, cela devient suffisant pour que les producteurs s'en démarquent ouvertement.

Le hip-hop est de plus en plus tenu à l'écart par certains, producteurs sénégalais. Non pas que ces derniers sont sous pression des autorités gouvernementales (comme dans certains pays) du fait de la virulence des propos des "kids", mais juste, révèlent-ils, parce que cette forme d'expression musicale et artistique n'est pas financièrement rentable. Des producteurs comme Talla Diagne ont même explicitement avoué leur intention de repenser sérieusement leur stratégie en direction des "rimeurs à gages" que sont les rappeurs. "De plus en plus, je me rends compte que la production rap n'est rien moins que de l'argent jeté par dessus la fenêtre. A dire vrai, certains musiciens mbalakh les moins côtés sont même financièrement plus rentables que des ténors du rap", s'est plaint Talla Diagne. Et le patron de "Ksf production" de révéler qu'à ce jour, rares sont les formations dont les ventes frôlent des scores acceptables. En "bon" homme d'affaires, Talla Diagne déclare: "A mon niveau en tout cas, je suis obligé de revoir mon attitude par rapport au rap". Plus concrètement, le "boss" de "Ksf production" entend désormais limiter de façon drastique sa production annuelle, contrairement aux années précédentes, et s'y engager "intelligemment". Au Bureau sénégalais du droit d'auteurs (Bsda), on acquiesce aux propos du producteur sur le mode de l'ironie. "Je me demande pourquoi certains s'entêtent à vouloir investir le créneau, vu l'insignifiant taux de vente que réalise cette musique (le rap, Ndlr)" s'interroge-t-on, tout en se gardant d'avancer des noms et des chiffres. Les inquiétudes financières de Talla Diagne sont partagées du côté de la Pyramide culturelle sénégalaise (Pcs) de El Hadji Ndiaye. De source anonyme, on estime qu'au niveau de cette structure, l'heure n'est plus aux productions à tour de bras. "Et il y a aura de plus en plus de frustrés", assure-t-on.
L'avenir du hip hop - qui au Sénégal se résume essentiellement au rap - est-il dés lors compromis? "Oui, si l'on ne révolutionne pas expressément la musique elle-même", selon Pindra, producteur et initiateur des "Hip-Hop Awards". Si l'on fait abstraction du manque de culture de l'achat de cassettes des Sénégalais, il reste que de l'avis de Pindra, le rap "made in Joloff" s'est englué dans un mimétisme qui l'exclut également de fait, de la sphère internationale. "Nous ne pouvons pas étonner les Américains et les Français en rappant dans leurs langues ou en les singeant musicalement", argumente-t-il. "Ce qu'il faut, s'est penser la musique rap en particulier, par rapport au répertoire du "beat" de nos réalités culturelles, et mettre l'accent sur la qualité", a-t-il poursuivi. Une volée de bois vert artistiquement administrée aux tenants du rap "hard Core". A contrario, une apologie du rap trempé dans plusieurs sauces.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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