CBV vient de sortir leur premier album titré « Or Klass »,

« Or Klass » est dans la place

Quelle idée pour un groupe de rap de se faire appeler CBV, (Coups et Blessures Volontaires), un article du code pénal? La réponse est simple. En 1995, Gugu, est condamné à un mois de prison pour coups et blessures volontaires après une bagarre avec un ami. Cette epreuve, loin de le mettre à terre allait être l’épéron qui lui permit d’entrer dans la réalité de sa vie et celle de sa société.
Quatre ans plus tard quand Gugu et ses amis Phata et Lamine voulurent fonder un groupe de rap, ils l'appelèrent simplement CBV, Coups et Blessures Volontaires, le nom de l’article qui lui valut son séjour en prison. L'article en question stipule : "Tout individu qui volontairement aurait fait des blessures ou porté des coups ou commis toute autre forme de violence en voie de fait, s'il est résulté de ces sortes de violences une maladie, ou incapacité totale de travail personnel pendant plus de vingt jours sera puni d'un emprisonnement d'un an à cinq ans avec une amende de 20 000 à 250 000 francs". Aux yeux des trois compères, toutes les actions et interactions qui rythment notre vie se retrouvent dans cet article. Leur engagement à assainir les rapports entre les gens et instruire le grand public sur le contenu des textes juridiques les amène alors à s'imprégner du code pénal dans son intégralité. Tous leurs textes, deviennent alors des interprétations et des adaptations des articles contenus dans les codes, dans le but d'assainir les comportements et les mentalités. Leur seule arme, c’est leur langue qu'ils ne cessent d'aiguiser pour la rendre plus tranchante ; leur objectif, faire disparaître à jamais les maux qui gangrènent la société sénégalaise.

A leurs yeux, nous sommes tous des prisonniers qui nous démènons à nous accommoder de nos sorts respectifs. Mais cela ne signifie point qu'on doive céder à un fatalisme irraisonné au point de se laisser anéantir par les vicissitudes de la vie.
Comme pour mieux être en phase avec leur concept artistique, on ne peut plus original, les rappeurs ne se sentent à l'aise que dans leurs accoutrements qui font penser aux détenus américains. « Les detenus Phata matricule 008176 et Gugu matricule 242524 sont appélés à comparaître, pour répondre des chefs d’accusation de Coups et Blessures Volontaires... »

Grace au flot limpide de leurs vociférations, les détenus Phata et Gugu martèlent sans complexe ni frousse des vérités propres à une génération désœuvrée et outrée par les comportements irresponsables de leurs aînés, mais aigrie par les épreuves de toutes sortes qui rythment leur quotidien. Après avoir fait leurs armes dans de multiples compilations et participé à des podium aussi prestigieux que celui du Festival de Jazz de Saint-Louis, CBV vient de sortir leur premier album titré « Or Klass », en référence au Tribunal d'Instance Hors Classe. « Or Klass » n’est nullement un coup d’essai, il porte la marque d’une maturité et d’une maitrise inhabituelles pour un premier album. Les dix titres qui le composent sont merveilleusement mixés avec des sons d’une rare pureté, et laissent voir un style mélodieux et virulent par moment mais réaliste, sans tomber dans la vulgarité. L’album est enrichi par plusieurs featurings avec les voix de Oumar Pène, de Fada Freddy ou Ndongo D de Daara J, de Abdou Guité Seck de Wock, un autre Ndar-Ndar (de Saint-Louis). « Or Klass » est une symbiose réussie de styles différents qui fait penser à un « best of »

Or Klass" est disponible en deux cassettes.

Daouda NDAO © Joko (www.joko.sn)

Comments

Display Order
Only logged in users are allowed to comment. register/log in