"M'panandro" de la compagnie "accrorap": Spectacle à la sauce politique et mystique

Le spectacle "M'Panandro" (Le maître de cérémonie) que nous a proposé le vendredi 16 novembre, au théâtre Sorano, la compagnie "Accrorap" , sous l'égide du Centre culturel français de Dakar-Ccf était, de toute évidence, à mille mieux du divertissement. "Accrorap" a gratifié d'une prestation fortement pimentée de politique et de mystique. Et le hip-hop s'est présenté à nous, davantage comme un cri qui vient de l'intérieur et qui refuse l'estampille "ludique". Histoire de réclamer, à haute envolée acrobatique, le dialogue interculturel comme alternative à la guerre et à l'absurde.

"Accrorap" a séduit en deux tableaux. D'abord avec "Razana" ou "Racines".

Sur fond d'un script limpide, parce que soigneusement léché, "Accrorap" a interrogé le public de Sorano (en majorité juvénile, cela se comprend) sur la question des origines, dans un contexte de mondialisation tous azimuts, y compris culturelle. La compagnie l'a fait selon le mode très apprécié d'un langage dansé, à la confluence des rencontres. Ici, les tam-tams qui scandent la parole des ancêtres, plongent le public en plein coeur d'un village... malgache, par le truchement d'une mise en scène aux relents féeriques et de péplum. La trame de "Razana", c'est trois composantes: le maître, le futur disciple et les autres danseurs qui symbolisent le peuple (ils sont au nombre de trois). Des figures dansées du hip-hop peuvent alors s'entremêler intimement à une danse profonde, initiatique et rituelle. C'est du hip-hop, ok, mais c'est quand même du sérieux. Et à mesure que se déploie sur scène le savoir-faire artistique des acteurs sur fond de "défoulement correct", l'engagement politique prend le pas sur le reste.

"Prière pour un fou" est le deuxième tableau d'une trentaine de minutes, concocté et présenté par "Accrorap". Quatre danseurs sont chargés de dire la souffrance algérienne et de narrer les identités déchirées, par une sorte de litanie autant musicale que dansée. D'une danse généreuse, s'employant à briser les barrières et à traverser les frontières. Notre conviction est faite: l'intention manifeste du chorégraphe Kader Attou, est celle de faire confluer les émotions des algériens vers l'ailleurs, de les faire partager à l'humanité entière. Le mysticisme de la pièce est servi par des plaintes hautes, sortant du ventre d'un violoncelle pour une musique signée Imhotep, le concepteur musical du groupe de rap marseillais "AIM". Un puzzle artistiquement reconstitué qui confère à "Prière pour un fou" une dimension incroyablement surréaliste. Sans plus.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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