Transhumance hip-hop: Les rappeurs sont-ils toujours fiables?
Les rappeurs sont-ils en train d'occire leur jugement critique face au régime en place? En tout cas, l'implication dans la scène politique de nombre d'entre eux se fait sous le signe du soutien. Les "vigiles des moeurs sociales", jusqu'ici à équidistance des chapelles politiques, inquiètent par leur nouvelle attitude qui s'apparente à la transhumance.
Dans sa course contre Mamadou Diop pour le strapontin de la mairie de Dakar, Latif Guèye, leader du Rassemblement démocratique sénégalais (Rds), est entouré d' alliés d'un autre genre, en l'occurrence des rappeurs, dont Bill Diakhou et Daddy Bibson, très en vue dans le mouvement hip-hop sénégalais. Les "kids" se sont même activement impliqués aux cotés du Rds, dans le cadre de sa campagne d'affichage de l'effigie de Latif Guèye.
Un soutien pour le moins renversant, qui suscite un sentiment d'incrédulité, voire de réprobation, d'une partie de l'opinion qui n'arrive pas à s'expliquer cette subite accointance avec un leader politique de la mouvance présidentielle. La réponse de Bill Diakhou, coopté dans la structure "L'Afrique aide l'Afrique" (Aaa) que dirige Latif Guèye lui-même: "Nous le soutenons (Latif Guèye, Ndlr) parce qu'il nous a toujours soutenu. En plus, nous voulons oeuvrer avec lui à la concrétisation des ambitions du président Wade". Même son de cloche chez Pindra, producteur de groupes rap.
Contre ce qu'ils appelaient l'arrogance de la toute puissance du Parti socialiste (Ps) du président Abdou Diouf, et jusqu'à sa chute le 19 mars 2000, les rappeurs se sont dressés. Ulcérés par tous ces discours de connivence ou en "copier-coller", symptomatiques de l'hypocrisie ambiante.
Le rap a ainsi fondé sa crédibilité et engrangé un capital de sympathie, principalement auprès de ceux qui l'ont toujours voué aux gémonies. Et le fait que l'adhésion soit massive prouve aussi que le mouvement hip-hop apporta un souffle nouveau à la musique sénégalaise. Rejetant compromis et compromissions, les rappeurs semblaient avoir conscience que la liberté d'expression ne se donne pas. Elle se prend, s'arrache. Parce qu'il est clair qu'on ne donne jamais que ce dont on n'a pas l'utilité. Et tout don implique l'attente d'une contrepartie. Hélas.
Au lendemain de l'alternance politique, Latif "Jamra" avait convié les rappeurs, ces "empêcheurs de gouverner tranquille" à un point de presse au cours duquel il leur avait dit ceci en substance: "Prenez vos responsabilités pour la défense de votre mouvement". Ok, si le conseil donné se nourrit de la bonne foi. A défaut, il risque d'être fatal. Surtout pour ceux qui n'auront pas compris que les propos peuvent voiler des intentions inavouées. Le soutien manifeste d'une bonne frange de rappeurs à Latif Gueye du Rds, est la preuve que l'approche psycho-affective de ce dernier a fonctionné. Au point que des "kids" les plus réfractaires à la politique soient montés au créneau pour apporter leur appui. Seulement voilà: il viendra le moment de tremper sa plume dans du venin.
Le rap a toujours été un rempart indestructible contre toutes les formes de totalitarisme. Nous souhaitons qu'il puisse en être ainsi, convaincus qu'il appartient aux gens de prendre ce qui leur revient. Sans quoi, d'autres se chargeront d'en faire un épouvantail à liberté.
© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)
Dans sa course contre Mamadou Diop pour le strapontin de la mairie de Dakar, Latif Guèye, leader du Rassemblement démocratique sénégalais (Rds), est entouré d' alliés d'un autre genre, en l'occurrence des rappeurs, dont Bill Diakhou et Daddy Bibson, très en vue dans le mouvement hip-hop sénégalais. Les "kids" se sont même activement impliqués aux cotés du Rds, dans le cadre de sa campagne d'affichage de l'effigie de Latif Guèye.
Un soutien pour le moins renversant, qui suscite un sentiment d'incrédulité, voire de réprobation, d'une partie de l'opinion qui n'arrive pas à s'expliquer cette subite accointance avec un leader politique de la mouvance présidentielle. La réponse de Bill Diakhou, coopté dans la structure "L'Afrique aide l'Afrique" (Aaa) que dirige Latif Guèye lui-même: "Nous le soutenons (Latif Guèye, Ndlr) parce qu'il nous a toujours soutenu. En plus, nous voulons oeuvrer avec lui à la concrétisation des ambitions du président Wade". Même son de cloche chez Pindra, producteur de groupes rap.
Contre ce qu'ils appelaient l'arrogance de la toute puissance du Parti socialiste (Ps) du président Abdou Diouf, et jusqu'à sa chute le 19 mars 2000, les rappeurs se sont dressés. Ulcérés par tous ces discours de connivence ou en "copier-coller", symptomatiques de l'hypocrisie ambiante.
Le rap a ainsi fondé sa crédibilité et engrangé un capital de sympathie, principalement auprès de ceux qui l'ont toujours voué aux gémonies. Et le fait que l'adhésion soit massive prouve aussi que le mouvement hip-hop apporta un souffle nouveau à la musique sénégalaise. Rejetant compromis et compromissions, les rappeurs semblaient avoir conscience que la liberté d'expression ne se donne pas. Elle se prend, s'arrache. Parce qu'il est clair qu'on ne donne jamais que ce dont on n'a pas l'utilité. Et tout don implique l'attente d'une contrepartie. Hélas.
Au lendemain de l'alternance politique, Latif "Jamra" avait convié les rappeurs, ces "empêcheurs de gouverner tranquille" à un point de presse au cours duquel il leur avait dit ceci en substance: "Prenez vos responsabilités pour la défense de votre mouvement". Ok, si le conseil donné se nourrit de la bonne foi. A défaut, il risque d'être fatal. Surtout pour ceux qui n'auront pas compris que les propos peuvent voiler des intentions inavouées. Le soutien manifeste d'une bonne frange de rappeurs à Latif Gueye du Rds, est la preuve que l'approche psycho-affective de ce dernier a fonctionné. Au point que des "kids" les plus réfractaires à la politique soient montés au créneau pour apporter leur appui. Seulement voilà: il viendra le moment de tremper sa plume dans du venin.
Le rap a toujours été un rempart indestructible contre toutes les formes de totalitarisme. Nous souhaitons qu'il puisse en être ainsi, convaincus qu'il appartient aux gens de prendre ce qui leur revient. Sans quoi, d'autres se chargeront d'en faire un épouvantail à liberté.
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