Piraterie musicale - Les artistes fondent leur espoir sur une pénalisation dissuasive

Beaucoup d'efforts sont faits en matière de lutte contre la piraterie. Mais le chemin qui reste à parcourir est encore long. Les acteurs de l'industrie de la discographie n'excluent rien pour faire reculer la piraterie. Mais aujourd'hui beaucoup soutiennent que seule la pénalisation du délit boutera, comme on parle déjà de la polio, le piratage hors du Sénégal.

Le Bureau sénégalais des droits d'auteurs (Bsda) a certes déployé des efforts pour lutter de façon énergique contre la piraterie. L'introduction des hologrammes a sonné le glas des fausses déclarations des exemplaires mis sur le marché. En outre, des actions concrètes ont été conjointement menées avec la Police pour retirer du marché des cassettes piratées. Malgré ce travail, le phénomène persiste, au grand dam de ceux qui tirent leurs revenus de la musique. Certains avaient même pris l'option de ne jamais sortir de cassettes. Ils se sont ravisés pour satisfaire les fans en attendant qu'une formule soit mise en place pour traquer les pirates.

Aujourd'hui, dans le milieu du show-biz, rien n'est exclu pour faire avancer les choses. Lors de la conférence de presse de la Coalition des artistes et producteurs et phonographes, il y a quelques mois, de grosses pointures de la musique avaient même envisagé une marche de sensibilisation des populations et de protestation contre la persistance du phénomène. Les acteurs de la scène musicale pensent que seule la promulgation de la loi par l'Assemblée nationale portera un coup dur contre ceux qui ont opté de s'enrichir sur le dos des artistes. Ils fondent un grand espoir sur le vote de cette loi pour assainir leur milieu et permettre à l'artiste sénégalais de vivre de son art. Nombre d'entre eux pensent que c'est la pénalisation de ce délit qui peut faire reculer les auteurs du piratage, voire éradiquer le phénomène. « Nous voulons une loi sur la propriété littéraire et artistique conforme avec les traités approuvés par le Sénégal. La loi de 1972 ne prend pas en compte la piraterie sur Internet et les droits des artistes interprètes, des arrangeurs, des producteurs...Nous pensons que lorsque les auteurs de piratage écoperont des peines allant de 6 mois à 1an et des amendes qui s'élèvent à 5 millions, peu de personnes vont s'adonner à cette pratique », fait savoir le vice-président de l'As sociation des métiers de la musique (Ams), Daniel Gomes par ailleurs lead-vocal du groupe Oria Azul".

Les acteurs de l'industrie de la discographie ont élaboré un projet de loi qui réprimera de façon énergique les contrefacteurs. « Nous travaillons avec l'Etat, le projet de Promotion de l'investissement privé (Pip) et les autres organisations sur un projet de loi qui nous permettra d'avoir une industrie musicale plus florissante. Nous voulons une loi qui pénalise le délit. Mais nous sommes tombés d'accord sur l'information et la formation des acteurs », précise Daniel Gomes.

La disposition législative actuelle n'est pas si contraignante. Selon la loi de 1972, l'auteur du piratage ne peut être condamné d'une peine de prison ferme, que s'il est prouvé qu'il a l'habitude de s'adonner à cette pratique.

Plusieurs rencontres sont faites pour sensibiliser les populations. Tout cela n'a pas eu de grands effets. Certains artistes pensent qu'il faut rompre avec les beaux discours pour passer à l'action. Une partie des acteurs de la scène avait envisagé une marche à travers les artères de la capitale pour exprimer leur ras-le-bol.

« Nous sommes sur une bonne voie dans la lutte contre le piratage, mais il faut passer à la vitesse supérieure, pour que les artistes ne meurent pas pauvres », avait clamé le leader du « Raam-daan », Thione Ballago Seck. Son ami Omar Pène, qui parlait au nom des artistes au cours de cette rencontre, avait lancé un appel à l'union pour plus de considération aux artistes au Sénégal.

« Il faut qu'on parle le même langage. Il nous faut des mécanismes pour marquer les esprits et montrer aux personnes que la musique est un métier comme tout autre métier », avait lancé Omar Pène.

© Le Soleil (http://www.lesoleil.sn)

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