Nouvelle production de pacotille- Le président de la République interpellé

Ceux qui pensaient qu'il allait s'essouffler ont dû déchanter en écoutant le deuxième produit de Pacotille. Toujours égal à lui-même, le rappeur de "la banlieue des banlieues" assène ses vérités dans un langage qui lui réussit. Et tous les secteurs de la vie et du quotidien des Sénégalais y passent.

Quand une camelote fait dans la qualité, c'est sans doute du rap qu'elle sert. Elle est contenue dans une cassette qui tient d'un garçon de la banlieue et qui le revendique. Il est né à Thiaroye et y crèche. Il vient de sortir son deuxième produit par lequel il monte encore sur la ville et nourrit le rêve de sortir un Cd pour la postérité. Le seul vou qui lui tient avant que sa mort ne survienne. Mais pour ce Naaru Kajoor de par ses origines, son premier produit, c'était il y a un an. Alors se découvrait-il et charmait. Aujourd'hui, il est comme qui confirme, et dans sa tonalité à lui qui vous titille. Le verbe, cependant, fait toujours hard. Même si, peut-être, les oreilles chastes se plaisent désormais à entendre Pacotille (Ndlr : Cheikh Sidaty Fall) faire dans ses "rimes qui vous massent", chante-t-il. Pacotille, c'est ce rappeur de vingt-sept ans qui arbore ses "Tic-Tic". Des chaussures en matière plastique qu'il affectionne au point d'en produire un et en gros plan sur la jaquette de sa cassette. Une cassette intitulée Nmi publik n° 1 (lisez ennemi public n° 1, Svp). Des textes bien pensés et qui offrent un Pacotille qui n'est autre que la provocation faite personne. Et par son don du verbe, nul doute qu'il cherche à faire tilt parce qu'il débite une vérité. Cette évidence devenue banale et dont on semble se soucier de moins en moins. Mais Pacotille c'est un style, un idéal de vie. Il n'avait cesse de le clamer, il le chante aujourd'hui. Il dit donner au rap un autre visage avec ce vrai qui lui suffit à faire sa promotion. Mieux, il se définit comme un don du Seigneur dans ce monde du hip-hop.

Dans le titre 3 de la face B, Nmi publik n° 1, Pacotille se refuse à se laisser divertir. "Jamais je n'accepterai qu'on m'interdise de dire haut ce que les gens pensent tout bas", crie-t-il. Pour lui, Ino et Alex (ces bandits inculpés et placés sous mandat de dépôt) ne sont pas si dangereux qu'on le clame. L'ennemi public n° 1, croit-il savoir, c'est celui qui exploite les paysans, augmente les prix du riz et du pain, c'est le pédophile, etc. Et Pacotille d'affirmer qu'il ne croit ni à un plan Oméga ni à un plan Alpha. Il prévient contre de nouvelles injustices dans un monde fait déjà d'iniquités. D'ailleurs interpelle-t-il le chef de l'Etat sur l'affaire Balla Gaye, cet étudiant mort par balle, suite à une manifestation à l'Université Cheikh Anta Diop.

Pour ce rappeur atypique, c'est le micro qui lui sert d'arme, dit-il. Par la dénonciation des faits de sa société, il dégaine. Avec la vérité comme seule préoccupation. Car souhaite-t-il mourir cette vérité à la bouche. Une quête qui, sans doute, a conduit Pacotille à évoluer dans son discours. Ainsi chante-t-il la cause des employées de maison dont il s'autoproclame le défenseur et leur dédie le titre 3 de son ouvre. Des femmes à qui il ne manque pas de suggérer des règles de conduite. Même s'il dit avoir aiguisé sa langue jusqu'à la rendre tranchante. Pour non pas vilipender le mariage (titre n° 1) mais appeler à ne convoler en justes noces que nanti de moyens qui permettent aux mariés de vivre en toute décence.

Si le quotidien des familles sénégalaises inspire fort Pacotille, c'est sous toutes leurs coutures qu'il cherche à les cerner. La dégénérescence qui conduit à la prison quand la persévérence devient une exigence dans un monde de crise. Bref, tout y passe. Et Pacotille se permet même de dédier des chansons "aux morts qu'on châtie dans leur tombe". Et sans doute fidèle à ses options premières, lui qui disait sa volonté de conter les faits qu'on cherche à maquiller. En rebelle, peut-être, qu'il est et qui chante ses ennemis à lui. Des ennemis grâce à qui il s'est fait, chante-t-il. Et l'irrédentisme, voire la rébellion qui sévit en Casamance, Pacotille considère qu'elle est loin de s'arrêter (titre n° 2, face A). Nul ne devrait lui en vouloir d'autant qu'il revendique la liberté d'opinion.

© Wal Fadjri (www.walf.sn)