Hip-hop et engagement social : splendeurs et misères d'un mouvement trentenaire
La semaine dernière, l'Ecole bilingue sénégalo-américaine et le West-african research center (Warc) ont organisé une conférence, à l'Université Cheikh Anta Diop, sur le thème "Hip-hop and social activism".
Des échanges ont permis au conférencier, Jean Adams, de retracer l'histoire du mouvement, face à un auditoire hétérogène d'étudiants anglophones et autres rappeurs sénégalais. Le constat fait par ces différents acteurs est que le hip-hop actuel, tel que nous en abreuvent télévisions et radios, n'a plus grand-chose à voir avec le rap des pionniers.
Un vent de changement souffle sur l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) qui a montré la semaine dernière sa volonté d'adopter une lecture innovante de la politique et de la société... à travers la musique rap ! En effet, c'est dans la salle de conférence de l'Ucad II, que Jean Adams, du Bronx Community College (New York) a été invité, sous l'initiative conjointe de l'Ecole bilingue sénégalo-américaine et du Warc, à livrer son analyse de l'engagement social du hip-hop, depuis les origines du mouvement jusqu'à nos jours. Une origine qu'il fait remonter au milieu des années 70, tordant ainsi le cou au concept de "hip-hop génération" qu'on est tenté de coller à la jeunesse contemporaine. Face à un auditoire d'étudiants anglophones, Jean Adams a expliqué que le Bronx américain est considéré comme le berceau historique du rap. Mais cette musique multi-culturelle puise ses racines aussi bien dans les rythmiques jamaïcaines, le blues des champs de coton, ou les joutes verbales africaines...
La naissance du rap s'inscrit aussi dans un contexte politique, économique et social, propice à une contestation qui se situe dans la juste lignée des décennies de luttes menées par Latinos et Afro-Américains : la guerre du Viêt-nam, le scandale du Watergate, les crises new-yorkaises en matière de fiscalité et d'éducation, entre autres. Un ferment qui ne manquera pas de donner au mouvement hip-hop la dimension engagée qu'on lui reconnaît et qui aujourd'hui tendrait - hélas ! - à mourir à petit feu.
En effet, le hip-hop actuel, tel que nous en abreuvent télévisions et radios, n'a plus grand-chose à voir avec le rap des pionniers. Aux Africa Bambaataa, Grand Master Flash, ou plus tard Public Enemy et Krs-One, fers de lance d'un rap aux accents revendicateurs, a succédé une "new school" de têtes d'affiches bodybuildées, soucieuse de soigner son image de "gangsta rap" façonnée de toutes pièces, et dont les porte-drapeaux ne sont autres que les très médiatiques 50 Cent, Snoop Dogg et autre Exzibit, pour ne citer que des exemples d'outre-Atlantique. Le "hip-hop" - le terme lui-même a une connotation commerciale assumée - est devenu une industrie rentable, qui coûte peu et rapporte gros. Ce mouvement, qui regroupe quatre disciplines (rap, graff, mix, break-dance) est vite récupéré par la publicité qui l'instrumentalise pour écouler paires de baskets et autres sodas. Et si de nombreux MC's, dans l'ombre, se réclament encore de l'héritage politique de Martin Luther King, Malcolm X ou Nelson Mandela, les vidéo-clips largement diffusés par MTv laissent une place autrement plus importante aux voitures de luxe et aux femmes dénudées. Les initiatives citoyennes, telles que l'opération "Vote or Die" mise en oeuvre par Piff Diddy lors des élections américaines de 2004, peinent à redorer le blason d'un mouvement victime de son succès, et dénaturé par une médiatisation par trop orientée. C'est par ce constat mitigé que Jean Adams a terminé son exposé, avant de laisser le micro à de jeunes rappeurs sénégalais présents dans l'assistance. Pacotille, Fou Malade, Manu de Bmg 44, Kunta Kinté et Azbac, ne se sont pas contentés de semer leurs rimes - plus ou moins engagées - aussi bien en wolof, en français qu'en anglais. Mais ils ont aussi tenu à exprimer leur opinion sur la situation actuelle du mouvement hip-hop. Dénonçant unanimement le nivellement par le bas de la musique pour laquelle ils oeuvrent, ils se sont montrés enclins à organiser la résistance de façon constructive. Fou Malade a ainsi formulé l'idée d'étudier en cours des lyrics de rap, comme cela est fait pour les poèmes de Verlaine ou Rimbaud, pourtant plus éloignés des préoccupations du peuple. Une proposition à laquelle ne sont pas restés insensibles les représentants du corps enseignant présents à la conférence. La semaine dernière, le rap a fait son entrée à l'Université. Et compte bien y rester, sous une forme résolument... militante.
© Wal Fadjri (www.walf.sn)
Des échanges ont permis au conférencier, Jean Adams, de retracer l'histoire du mouvement, face à un auditoire hétérogène d'étudiants anglophones et autres rappeurs sénégalais. Le constat fait par ces différents acteurs est que le hip-hop actuel, tel que nous en abreuvent télévisions et radios, n'a plus grand-chose à voir avec le rap des pionniers.
Un vent de changement souffle sur l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) qui a montré la semaine dernière sa volonté d'adopter une lecture innovante de la politique et de la société... à travers la musique rap ! En effet, c'est dans la salle de conférence de l'Ucad II, que Jean Adams, du Bronx Community College (New York) a été invité, sous l'initiative conjointe de l'Ecole bilingue sénégalo-américaine et du Warc, à livrer son analyse de l'engagement social du hip-hop, depuis les origines du mouvement jusqu'à nos jours. Une origine qu'il fait remonter au milieu des années 70, tordant ainsi le cou au concept de "hip-hop génération" qu'on est tenté de coller à la jeunesse contemporaine. Face à un auditoire d'étudiants anglophones, Jean Adams a expliqué que le Bronx américain est considéré comme le berceau historique du rap. Mais cette musique multi-culturelle puise ses racines aussi bien dans les rythmiques jamaïcaines, le blues des champs de coton, ou les joutes verbales africaines...
La naissance du rap s'inscrit aussi dans un contexte politique, économique et social, propice à une contestation qui se situe dans la juste lignée des décennies de luttes menées par Latinos et Afro-Américains : la guerre du Viêt-nam, le scandale du Watergate, les crises new-yorkaises en matière de fiscalité et d'éducation, entre autres. Un ferment qui ne manquera pas de donner au mouvement hip-hop la dimension engagée qu'on lui reconnaît et qui aujourd'hui tendrait - hélas ! - à mourir à petit feu.
En effet, le hip-hop actuel, tel que nous en abreuvent télévisions et radios, n'a plus grand-chose à voir avec le rap des pionniers. Aux Africa Bambaataa, Grand Master Flash, ou plus tard Public Enemy et Krs-One, fers de lance d'un rap aux accents revendicateurs, a succédé une "new school" de têtes d'affiches bodybuildées, soucieuse de soigner son image de "gangsta rap" façonnée de toutes pièces, et dont les porte-drapeaux ne sont autres que les très médiatiques 50 Cent, Snoop Dogg et autre Exzibit, pour ne citer que des exemples d'outre-Atlantique. Le "hip-hop" - le terme lui-même a une connotation commerciale assumée - est devenu une industrie rentable, qui coûte peu et rapporte gros. Ce mouvement, qui regroupe quatre disciplines (rap, graff, mix, break-dance) est vite récupéré par la publicité qui l'instrumentalise pour écouler paires de baskets et autres sodas. Et si de nombreux MC's, dans l'ombre, se réclament encore de l'héritage politique de Martin Luther King, Malcolm X ou Nelson Mandela, les vidéo-clips largement diffusés par MTv laissent une place autrement plus importante aux voitures de luxe et aux femmes dénudées. Les initiatives citoyennes, telles que l'opération "Vote or Die" mise en oeuvre par Piff Diddy lors des élections américaines de 2004, peinent à redorer le blason d'un mouvement victime de son succès, et dénaturé par une médiatisation par trop orientée. C'est par ce constat mitigé que Jean Adams a terminé son exposé, avant de laisser le micro à de jeunes rappeurs sénégalais présents dans l'assistance. Pacotille, Fou Malade, Manu de Bmg 44, Kunta Kinté et Azbac, ne se sont pas contentés de semer leurs rimes - plus ou moins engagées - aussi bien en wolof, en français qu'en anglais. Mais ils ont aussi tenu à exprimer leur opinion sur la situation actuelle du mouvement hip-hop. Dénonçant unanimement le nivellement par le bas de la musique pour laquelle ils oeuvrent, ils se sont montrés enclins à organiser la résistance de façon constructive. Fou Malade a ainsi formulé l'idée d'étudier en cours des lyrics de rap, comme cela est fait pour les poèmes de Verlaine ou Rimbaud, pourtant plus éloignés des préoccupations du peuple. Une proposition à laquelle ne sont pas restés insensibles les représentants du corps enseignant présents à la conférence. La semaine dernière, le rap a fait son entrée à l'Université. Et compte bien y rester, sous une forme résolument... militante.
© Wal Fadjri (www.walf.sn)
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