Dakar Gorée jazz festival : retour aux sources

On connaissait le festival de jazz de Saint-Louis. Et bien, voilà maintenant une nouvelle occasion de découvrir ce style musical riche, à la fois doux et fort, populaire et élitiste, en demi-teinte. Après son baptême cette année, du 16 au 19 avril, le nouveau festival devrait vite être inscrit sur l'agenda culturel international.

Origines. C'est le thème du Dakar-Gorée Jazz Festival, qui aura lieu du 16 au 19 avril prochain. Origines du jazz, origines d'une histoire peu glorieuse, celle de l'esclavage, et origines d'un festival nouveau. En effet, les festivals de jazz se multiplient un peu partout dans le monde. Mais Gorée semblait avoir des prédispositions naturelles pour accueillir un tel événement. L'île mythique est aujourd'hui devenue, à tort ou à raison, le symbole de la traite négrière. Le jazz reste cette musique née dans les milieux populaires aux Etats-Unis, ces airs chantés par les esclaves dans les champs, pour oublier la douleur. Une histoire scellée dans un lieu et racontée sur un rythme particuliers, c'est ce qui a mis la puce à l'oreille de l'association Dakar Gorée Jazz Festival, créée en février 2003. "S'il devait y avoir un festival de jazz dans le monde, c'est à Gorée qu'il devrait se tenir", ajoute Thierno Sow, à l'origine du projet. Voilà pour la symbolique. Mais concrètement, les concerts de jazz auront tous lieu à Dakar. Parce que Gorée ne dispose pas des structures adéquates pour recevoir les joueurs de piano, de saxophone, de basse et autres chanteurs de gospel attendus. En marge des concerts, seront organisées des séances de lutte traditionnelle, de capoiera, des régates, à Gorée cette fois. De plus, une foire artisanale se tiendra tout le festival durant. "Nous voulons développer Gorée par la culture. Ce festival n'est rien d'autre qu'un prétexte de développement culturel", assure son directeur artistique. Avant d'ajouter que "nous, nous sommes des Sénégalais qui travaillent pour des Sénégalais. Si le festival participe à l'essor touristique de Gorée, tant mieux, mais ce n'est pas notre priorité". Et quant à une éventuelle concurrence avec le festival de Saint-Louis, fort de ses douze années d'expérience celui-là, on nie en bloc. Les objectifs ne sont pas les mêmes.

Pour cette première édition, les grandes voix du jazz international ont été interpellées. Après l'ouverture par Doudou Ndiaye Rose, Wasis Diop, Eric Watson, Henri Texier, Richard Bona, Liz Mc Comb sont attendus. Le tout sera agrémenté de quelques notes cubaines avec l'Orquestra Aragon. "Nous n'avons invité que des têtes d'affiche. Ca ne veut pas forcément dire des stars, mais des gens qui ont un style d'école et qui ont su apporter quelque chose de personnel et nouveau dans le style musical", explique Thierno Sow. Deux ans d'étude et deux cents millions de francs Cfa auront été nécessaires pour aboutir à ce casting de choix et pour mettre sur pied le festival.

Dakar compte aujourd'hui dix clubs de jazz. Chaque soir, après les concerts, des "after hours" sont prévus dans ces établissements. Les artistes locaux, qui n'auront pas la chance de monter sur scène, pourront se consoler en faisant un boeuf avec l'une des icônes présentes à Dakar. Et si la chance appartient aux téméraires, l'un d'entre eux pourra, qui sait, être repéré par un promoteur culturel de renom.

© Wal Fadjri (www.walf.sn)

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