Musique et identité : ce que le jazz nous enseigne
L'Amérique a réussi à offrir au monde une musique acceptée et aimée de tous. Mais le sens qu'il convient d'en retenir, c'est la capacité qu'a ce genre musical à créer un trait d'union entre des communautés que la peau, la race et les préjugés séparaient. Sans oublier que le jazz est un saisissement de sa propre identité.
Comment le jazz, véhicule du sentiment de proximité entre l'Afrique et la diaspora noire, peut fonder leur rapprochement dans un élan de solidarité culturelle. C'est en faisant l'archéologie et en suivant le tracé de ce genre musical né aux bords du Mississippi, que l'Alliance culturelle africaine a essayé d'initier la réflexion. Ainsi vendredi dernier, dans les locaux du Centre culturel français de Dakar, on a remonté le temps et les notes, avec en filigrane le souvenir des esclaves. Surtout ceux de la Nouvelle Orléans.
«Le jazz comme facteur de solidarité culturelle» : le docteur Ibrahima Seck du Département d'Histoire de l'Ucad, auteur d'une thèse sur «Culture africaine et esclavage dans la basse vallée du Mississippi», initiateur aussi de Bouki Blues Festival, a eu à introduire ce thème avec un recul dans l'histoire. Jusqu'à La Nouvelle Orléans fondée en 1719, et cette Louisiane où les gens mouraient de faim, les populations se mettant même à manger de l'herbe pour survivre. Personne n'était en mesure de tenir les champs de riz. Le prétexte germa dans la tête des français d'aller en Afrique chercher des hommes et femmes capables de cultiver la terre. Ce fut le début de l'esclavage. Sur les rives du Mississippi se fera alors la destinée d'êtres humains arrachés à leur terre d'origine, à leurs ancêtres, leurs traditions. Ils se frotteront, au gré de l'histoire, à un nouveau déterminisme. La colonie sera sauvée par ces esclaves et deviendra la partie la plus africaine des États-Unis. Et comme ces esclaves jouissaient d'une liberté que leurs compères des autres contrées d'Amérique n'avaient pas, ils prirent l'habitude de se retrouver en même temps que les Blancs pauvres, les navigateurs, les marins, à Congo Square (la place Congo) pour vendre leurs affaires durant la journée avant de sacrifier à leurs danses le soir, selon le rapprochement que leur autorise leur substrat culturel qui ne manquait de resurgir en eux.
Comme répondant, il y eut Jackson Square, le lieu de retrouvailles de l'aristocratie blanche venue de l'Ouest. De la rencontre de ces deux mondes naquit le Jazz, fruit du Negro Spirituals et du Blues. «Une musique fondamentalement africaine avec des interférences de la musique traditionnelle européenne», explique le Docteur Seck. Connu sous l'appellation de Jass, une danse avec plein d'acrobaties, comme l'écrit en 1816 le journal Chicago Herald, il devient jazz en 1817, par souci commercial, penseront certains esprits. «Dans certaines sociétés esclavagistes, on interdisait le tam-tam. Alors les Noirs inventèrent le Negro Spirituals, une des sources du Jazz, pour exprimer leur foi et leur état d'âme. Les mots remplaceront les tam-tams», explique Mme Carla Morlan, coordonatrice du programme culturel de Goree Institut. «On cherchait à maîtriser les instruments. D'ailleurs, la plupart des professeurs de musique se recrutaient dans cette partie de l'Amérique», dira le Docteur Seck. Le temps était alors venu de se prêter aux prestations dans les cabarets. Le jazz se mit par la suite à voyager ; avec l'industrialisation du Nord, les Noirs se déplaçaient. Beaucoup d'entre eux préfèrent aller en Europe, surtout en France, en Angleterre, où ils jouissaient d'une plus grande liberté d'expression. Ce qui assura l'éclosion de ce genre musical qui rapprocha «les populations noires et blanches d'Amérique et l'humanité tout entière». «L'Union africaine serait incomplète si elle n'intégrait pas la diaspora», fera remarquer le conférencier. Il urge de chercher à proposer quelque chose capable d'aider les uns et les autres, séparés par l'histoire, à avoir une vitrine d'africanité. Laquelle pourrait autoriser une solidarité culturelle. Le jazz a favorisé ce rapprochement culturel entre communautés. Un exemple que l'Afrique devra méditer pour communiquer avec sa diaspora.
© Wal Fadjri (www.walf.sn)
Comment le jazz, véhicule du sentiment de proximité entre l'Afrique et la diaspora noire, peut fonder leur rapprochement dans un élan de solidarité culturelle. C'est en faisant l'archéologie et en suivant le tracé de ce genre musical né aux bords du Mississippi, que l'Alliance culturelle africaine a essayé d'initier la réflexion. Ainsi vendredi dernier, dans les locaux du Centre culturel français de Dakar, on a remonté le temps et les notes, avec en filigrane le souvenir des esclaves. Surtout ceux de la Nouvelle Orléans.
«Le jazz comme facteur de solidarité culturelle» : le docteur Ibrahima Seck du Département d'Histoire de l'Ucad, auteur d'une thèse sur «Culture africaine et esclavage dans la basse vallée du Mississippi», initiateur aussi de Bouki Blues Festival, a eu à introduire ce thème avec un recul dans l'histoire. Jusqu'à La Nouvelle Orléans fondée en 1719, et cette Louisiane où les gens mouraient de faim, les populations se mettant même à manger de l'herbe pour survivre. Personne n'était en mesure de tenir les champs de riz. Le prétexte germa dans la tête des français d'aller en Afrique chercher des hommes et femmes capables de cultiver la terre. Ce fut le début de l'esclavage. Sur les rives du Mississippi se fera alors la destinée d'êtres humains arrachés à leur terre d'origine, à leurs ancêtres, leurs traditions. Ils se frotteront, au gré de l'histoire, à un nouveau déterminisme. La colonie sera sauvée par ces esclaves et deviendra la partie la plus africaine des États-Unis. Et comme ces esclaves jouissaient d'une liberté que leurs compères des autres contrées d'Amérique n'avaient pas, ils prirent l'habitude de se retrouver en même temps que les Blancs pauvres, les navigateurs, les marins, à Congo Square (la place Congo) pour vendre leurs affaires durant la journée avant de sacrifier à leurs danses le soir, selon le rapprochement que leur autorise leur substrat culturel qui ne manquait de resurgir en eux.
Comme répondant, il y eut Jackson Square, le lieu de retrouvailles de l'aristocratie blanche venue de l'Ouest. De la rencontre de ces deux mondes naquit le Jazz, fruit du Negro Spirituals et du Blues. «Une musique fondamentalement africaine avec des interférences de la musique traditionnelle européenne», explique le Docteur Seck. Connu sous l'appellation de Jass, une danse avec plein d'acrobaties, comme l'écrit en 1816 le journal Chicago Herald, il devient jazz en 1817, par souci commercial, penseront certains esprits. «Dans certaines sociétés esclavagistes, on interdisait le tam-tam. Alors les Noirs inventèrent le Negro Spirituals, une des sources du Jazz, pour exprimer leur foi et leur état d'âme. Les mots remplaceront les tam-tams», explique Mme Carla Morlan, coordonatrice du programme culturel de Goree Institut. «On cherchait à maîtriser les instruments. D'ailleurs, la plupart des professeurs de musique se recrutaient dans cette partie de l'Amérique», dira le Docteur Seck. Le temps était alors venu de se prêter aux prestations dans les cabarets. Le jazz se mit par la suite à voyager ; avec l'industrialisation du Nord, les Noirs se déplaçaient. Beaucoup d'entre eux préfèrent aller en Europe, surtout en France, en Angleterre, où ils jouissaient d'une plus grande liberté d'expression. Ce qui assura l'éclosion de ce genre musical qui rapprocha «les populations noires et blanches d'Amérique et l'humanité tout entière». «L'Union africaine serait incomplète si elle n'intégrait pas la diaspora», fera remarquer le conférencier. Il urge de chercher à proposer quelque chose capable d'aider les uns et les autres, séparés par l'histoire, à avoir une vitrine d'africanité. Laquelle pourrait autoriser une solidarité culturelle. Le jazz a favorisé ce rapprochement culturel entre communautés. Un exemple que l'Afrique devra méditer pour communiquer avec sa diaspora.
© Wal Fadjri (www.walf.sn)
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