Rencontre avec Latif Guèye: Les rappeurs à la conquête du pouvoir


Quoi de plus original pour un politicien d’aller à la rencontre des porte-parole des sans voix pour sa rentrée politique ? Le leader du Rassemblement Démocratique des Sénégalais (RDS), Latif Guèye, l’a bien réussi, même si au départ il était clair pour lui que ce ne sera pas chose facile. Et d’emblée, il leur fera comprendre qu’il est là, en tant que chef de parti et non l’ambassadeur itinérant de l’ONG “ Afrique Aide l’Afrique ”. Mieux, le leader de JAMRA s’est réclamé du mouvement hip hop, parce que partageant la même philosophie avec le BBoys. “ Vous et moi combattons pour les mêmes causes sociales, dans l’intérêt général du pays ”, a-t-il dit. Avec franchise, Latif a expliqué qu’il n’est pas venu demander un soutien mais plutôt débattre avec eux sur leur logique de combat. Pour lui, le langage rap s’apparente à un réveil brutal. Parce qu’effectivement le sommeil des dirigeants du pays était très profond. Ce qui a, selon lui, abouti à un décloisonnement des jeunes et de leur public sortis dans la rue pour contribuer à la réalisation de l’alternance au Sénégal. A son avis, cela devrait permettre de se pencher sur la préoccupation des jeunes, qui doivent accéder au pouvoir. “ Il est bien de se faire entendre, mais la parole ne règle rien ”, affirme-t-il, tout en plaidant pour l’avènement d’une nouvelle considération citoyenne.
Evoquant la galère dans laquelle vivent les rappeurs, Big D n’a pas mâché ses mots à l’égard de Latif Guèye. “ Même si vous prétendez être des nôtres, nous ne vous faisons pas confiance ”, lui a-t-il dit. D’après lui : “ ils viennent promettre la pluie et le beau temps et ne respectent jamais leur engagement. Alors, vous devez vous estimer heureux d’avoir réuni autant de rappeurs au cours de ce débat d’idées. Simplement parce que nous avons trouvé l’idée originale ”. Mais, pour la majeure partie, les rappeurs ont salué les combats que mène le président de l’ONG “ JAMRA ”, pour le respect des valeurs humaines.

Yoro et Poupa, du groupe Black Mboolo, ne cachent pas leur intention de devenir maire d’une ville ou d’un arrondissement, pour mieux surseoir aux galères de la jeunesse. Aussi, pensent-ils que Latif Guèye a épousé l’idée de leur démarche d’africaniste. “ La musique étant un secteur économique important, il est l’important de doter toutes les mairies d’arrondissement d’un bon matériel de sonorisation, de lumière et de podium au service de la jeune génération de musiciens émergeants ”, soulignent-ils. A tour de rôle Bill Diakhou, les managers du CBV, Bamba J Fall, Rac Taq Squad et Bibson, entre autres, ont retracé toutes les difficultés des rappeurs, dans le domaine de l’enregistrement, de l’organisation de spectacles et du matériel de musique. Seulement, il leur fera comprendre qu’il n’est pas le père Noël. “ Mais, en symbiose avec vous, je n’hésiterais pas à employer le langage underground pour porter vos revendications, afin que les autorités puissent leur trouver des solutions rapides ”, a-t-il conclu.

OUSMANE MBAYE © Le Soleil (www.lesoleil.sn)

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