Industries culturelles sénégalaises : un contexte étouffant pour les artistes
Coumba Gawlo Seck était, le lundi 24 mars, l'invitée de la Rédaction de Sud Quotidien. A bâtons rompus, la discussion avec les journalistes a couvert tous les domaines. L'Occasion pour Sud de s'interroger également sur bien des aspects de l'industrie culturelle sénégalaise.
Selon la définition qu'en donne l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), on entend par industries culturelles "un secteur qui s'accorde à conjuguer la création, la production et la commercialisation des biens et des services dont la particularité réside dans l'intangibilité de leurs contenus à caractère culturel, généralement protégés par les doits d'auteur". On ajoute que la "particularité des industries culturelles réside dans le fait qu'aux oeuvres de l'esprit une plus-value de caractère économique y soit rajoutée".
Parce que les produits culturels contribuent tant à la sauvegarde et à l'avancement de la diversité culturelle, qu'à la démocratisation de l'accès à la culture. Leurs productions sont une source de création d'emplois et de richesses. Le Sénégal qui a ratifié toutes les conventions de l'Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (Ompi), fait sienne cette définition. Toutefois fait remarquer Coumba Gawlo, "les artistes travaillent dans l'informel car le secteur culturel lui-même est anarchique et les créateurs, en général, galèrent tristement". D'abord, se pose la question du droit d'auteur, absolument nécessaire pour l'avènement d'une véritable industrie culturelle qui répond aux principes et exigences déclinés par l'Unesco. Or, le droit d'auteur est méconnu de la plupart des artistes dont il est pourtant censé régir les activités. Résultat, "cette méconnaissance favorise tous les cas d'atteinte au droit d'auteur et compromet d'une certaine manière la protection et la promotion des oeuvres", ainsi que le pense Me Youssou Soumaré, juriste, spécialiste en droit d'auteur. C'est dans ce contexte, a estimé Coumba Gawlo, qu'"il arrive que certains artistes produisent d'autres dans le flou et l'illégalité la plus totale". Le droit d'auteur est le " salaire différé " du créateur. Mais il reste que "ce droit ne peut être bénéfique aux auteurs s'il n'est pas accompagné de règles et de sanctions pouvant dissuader les nombreuses atteintes qui sont portées", selon M. Soumaré.
Par ailleurs, les sanctions civiles et pénales qui l'accompagnent, en plus d'être généralement trop longues, ne sont nullement dissuasives. En effet, "il est dérisoire de condamner à payer 50 mille Fcfa de dommages et intérêts un tiers qui exploite une oeuvre qui lui rapporte des intérêts énormes". Insuffisance d'une politique de protection, environnement juridique défavorable L'industrie culturelle sénégalaise coltine des tares évidentes qui empêchent son expansion.
Le Bureau sénégalais du droit d'auteur (Bsda) qui gère tous les répertoires littéraires, musicaux, dramatiques, visuels s'est engagé dans la bataille dont l'objectif est de servir les intérêts des créateurs. "Mais la bataille que livre le Bsda doit être soutenue par les autorités étatiques, faute de quoi, elle est perdue d'avance", explique Coumba G Seck. Sur cette question, les pensionnaires du Bsda doivent s'engager. D'un engagement qui, a priori, nécessite qu'ils soient imprégnés des enjeux du droit d'auteur. Ce qui précisément n'est pas le cas.
D'autre part, aider à l'essor des industries culturelles sénégalaise c'est, selon Coumba G. Seck, faire preuve de logique et de conséquence avec soi-même au nom de l'intérêt général. "Nous artistes, sommes très égoïstes. Jouer sa partition en solo nous condamnera toujours au rôle de porteur d'eau. Ce qu'il faut, c'est que nous nous unissions pour proposer des solutions conséquentes et structurantes".
Il reste que le contexte dans lequel évoluent les créateurs sénégalais est dominé par des crises économiques récurrentes qui affectent les politiques. Et comme n'ont cessé de le déplorer les artistes, "la culture est toujours le parent pauvre des politiques de l'Etat". Quant au secteur privé qui aurait dû prendre le relais des pouvoirs publics, il n'est ni suffisamment développé, ni suffisamment concerné pour en prendre l'initiative.
L'équation des structures
Après la traque des pirates par le Bsda sur hologrammes et aux contrefacteurs, c'est l'Etat qui va certainement organiser celle aux studios illégaux d'enregistrement ou de duplication. A l'heure actuelle, il est impossible de dénombrer avec exactitude le nombre de structures de ce genre. Il en essaime un peu partout. Or, "la plupart de leurs propriétaires n'ont fait aucune démarche auprès des structures compétentes de l'Etat pour déclaration en bonne et due forme", a affirmé une source proche des services des impôts.
On image le manque à gagner pour l'Etat si l'on tient compte du fait qu'au bas mot, "la taxe annuelle à verser n'est pas en-deçà de 20 millions Fcfa", d'après un producteur qui a requis l'anonymat. "Trop lourd", fulmine-t-on. Viennent se greffer à cette " monstruosité " pour les organisateurs de spectacles, différentes taxes. Pour la tenue de concerts, 15% sont défalqués sur le prix du ticket (perception pour la municipalité), 11% sont à verser au Bsda et, dans la mesure où c'est un stade qui accueille l'événement, les deux taxes sont additionnées en "sus de quelques petites autres", à verser à la bourse de la Mairie. "Pour nous, organisateurs de concerts, cela est exorbitant", peste Alain Texeira de Africa-Fête." Alors ? "On est obligé de ruser !" s'exclame-t-il. Ruser Ci-gît tout le mal des industries culturelles sénégalaises.
LES CONTRAINTES DE L'EXPORTATION
La disgrâce du Mbalax pur et dur
Fini le temps de la fascination, voici venue la période du doute. Les musiciens reconnaissent désormais que le Mbalax traditionnel, genre musical devenu un label sénégalais comme l'est le Soul Makossa pour les Camerounais, est en train de s'essouffler. Ainsi, une nouvelle orientation est en train de se dessiner à grand renfort de cassettes avec le soutien des producteurs.
La musique sénégalaise connaît une nouvelle vague de talents comme Pape et Cheikh, Diogal Sakho, qui font dans différents tempos. Une manière de prendre leurs distances vis-à-vis de la tyrannie du Mbalax qui régnait jusqu'ici et qui voit l'unanimité qui l'entourait se fissurer dans le milieu du show-biz. Assurément, le mbalax peine à trouver ses marques dans un secteur qui s'est diversifié. C'est ainsi qu'il cherche à établir des connexions avec le rap, la salsa ou le jazz. Pape Niang, une des figures de proue de cette tendance fait de la bonne musique avec un mbalax jazz original. Cela se comprend aisément si l'on sait que les percussions qui soutiennent et font le rythme mbalax ne font bouger que les Sénégalais. Il en est ainsi du sabar (tam-tam) qui déverse diverses sonorités sans aucune " législation " des tempos. C'est dire que le mbalax pur et dur peine à enjamber sa spécificité pour accéder à l'universel.
C'est certainement cela qui explique le fait qu'on n'ait pas encore un artiste chanteur sénégalais disque d'or par la seule grâce des sonorités Mbalax. C'est toujours, soit une reprise soit des duos avec des artistes étrangers qui leur ont réussi jusqu'ici.
Youssou Ndour , disque d'or pour " Seven seconds " en duo avec Neney Cherry et Coumba Gawlo Seck, disque d'or et disque de platine avec la reprise de " Pata Pata " de Myriam Makeba en sont la preuve vivante. Coumba Gawlo qui a cartonné un été durant au top des hits reste convaincue que " le Mbalax est une musique traditionnelle ", mais ne pense pas qu'elle soit universelle. " Elle doit néanmoins consolider ses acquis. "
Pour cela, elle a résolument opté pour la recherche du consensus, bref, pour une " ouverture responsable. " Elle est d'avis que, " c'est rêver que de croire que l'on peut triompher sur le marché mondial de la musique avec le Mbalax. " " Il faut avoir à son actif des capacités de rester dans les nouvelles tendances, les nouveaux tempos, les rythmes actuels sans pour autant trahir son cachet de chanteuse avant tout sénégalaise " ajoute t-elle.
Pour la chanteuse de Ma yeur li nga yor, ce procédé est bien loin d'un renoncement, bien au contraire. Abdou Guité Seck, qui chante depuis sa plus tendre enfance, en est convaincu. Selon lui, " le temps est à l'innovation et au renouvellement pour assurer une meilleure visibilité du mbalax au niveau international."
Iba Ndiaye Djadji est un critique. A ce titre, il est contre le principe qui met en avant l'idéal de la vente. Selon lui, " le mbalax est devenu une musique fondamentalement commerciale, qui se soumet aux règles des musiques du monde. Ce qu'il faudrait c'est se battre pour avoir un mbalax puisé aux sources et exportable. " Youssou Ndour qui s'est fait un nom dans le monde de la musique a choisi une solution médiane : sortir annuellement une production pour son public traditionnel et une autre destinée au marché international tous les trois ou quatre ans.
Mais, une question garde toute sa pertinence : la musique mbalax doit-elle s'occidentaliser pour s'exporter ?
Si le mbalax a des difficultés à percer hors des frontières, il urge de se demander quelles en sont les véritables causes. Est-ce lié à une question de promotion ou de politique culturelle ? " Non ! " répond fermement Coumba Gawlo Seck. " Le Mbalax n'est pas un mauvais produit en soi, mais s'il est métissé, il rencontre l'aval du Show-business, il s'adoucit et devient plus recherché dans sa qualité. Ce n'est plus un concert de tam-tam et de percussions qui font danser les Sénégalais, mais tout un ensemble de musicalité. Il faut y apporter une touche originale, savamment dosée ".
Mais, le fait est que le marché sénégalais est restreint et les revenus qu'il génère ne sont pas non plus importants pour faire vivre son homme. Finalement, le problème n'est plus culturel. Il est économique.
THEMES ET CONTENUS
L'héritage des chansons populaires
L'industrie musicale sénégalaise est en plein essor. Depuis quelques années, l'activité musicale connaît une réelle expansion, notamment depuis la création du Programme de soutien des initiatives culturelles, (Psic). Pourtant, déjà, ce programme est menacé par plusieurs maux. Tare ou maladie infantile de l'industrie musicale sénégalaise moderne, la pauvreté du contenu des chansons a du mal à s'estomper. Or, dans un contexte politique et social troublé, le message devient un élément essentiel de la chanson populaire. Pourquoi les artistes négligent-ils cette part de leur travail ?
La répétition a une vertu pédagogique, c'est bien connu. Pourvu qu'il y ait un enseignement dans la parole. À travers l'histoire, les sociétés humaines ont transmis des savoirs et surtout des consignes de sagesse par le canal de chansons populaires. La fonction éducative de la chanson populaire est non négligeable, pour deux raisons au moins : d'une part, elle atteint un grand nombre de personnes dont des sujets jeunes et encore influençables. D'autre part, les rythmes entraînants qui portent les messages incitent au fredonnement, à la répétition. D'où la pédagogie. Une des preuves éloquentes de l'importance de la chanson populaire est l'abondante littérature qui lui est consacrée dans les milieux académiques et son utilisation dans l'éducation au sein des familles.
La société sénégalaise et la musique sénégalaise n'échappent pas à cette règle universelle. Si les chansons des répertoires traditionnels wolof, peulh, mandingue, joola, entre autres segments culturels, empreintes de sagesse qui ont traversé les générations témoignent de ce rôle, les mélodies de ces derniers vingt ans ont manifestement perdu de la force et de la densité des messages éducatifs.
Certaines paroles des chansons sénégalaises n'éduquent pas. On a vu des textes comme " Womat " de Youssou Ndour qui s'inspire de la Fontaine, fabuliste français du 17ème siècle, et Souleymane Faye qui traduit des réalités propres à la société sénégalaise.
Les textes des chansons sont souvent légers et ne traitent pas de thèmes qui pourraient conscientiser les populations. Quand on sait que plusieurs maux gangrènent la société sénégalaise, les artistes seraient les mieux placés pour véhiculer des grands messages et interpeller les gens sur les problèmes. Par exemple, l'éthique, l'éducation, la formation, l'information et les vertus qui nous sont propres.
Au- lieu de cela, les musiciens ont plus tendance à sauter sur l'événementiel, beaucoup plus rentable, et manquent d'anticipation ainsi que de perspectives Tel fut le cas lors de la dernière coupe du monde. Toute la création musicale tournait autour de l'événement, et la floraison de la production tournait à la répétition indolente. Coumba Gawlo Seck être affirme ne pas faire partie de ceux-là. Elle dit " appartenir à ces artistes qui véhiculent des thèmes forts ". C'est le cas de ses chansons qui traitent du naufrage du joola ou encore qui interpellent les femmes mariées sur les rapports à entretenir avec leurs belles-mères loin des conflits (bin-bin).
Elle avoue qu'elle a choisi de ne pas sortir des chansons exclusives sur les jambars, malgré son civisme exacerbé' pour ne pas suivre la vague " D'ailleurs en ce moment, elle est entrain de faire des tournées scolaires pour le plaisir des élèves, et en profite pour discuter des problèmes graves et d'actualité, comme celui du sida, du taux élevé de la toxicomanie et des dangers de la prolifération de la violence dans le milieu scolaire. " Personnellement, je pense que l'artiste doit être visionnaire et je pense l'être. Une chanson doit faire réfléchir et attirer l'attention ". Et quand on la traite de provocatrice, elle s'esclaffe et répond qu'elle se définirait plutôt comme audacieuse. Entendez par là, osez proposer quelque chose de différent, qui à la limite dérange. C'est ainsi qu'elle se donne pour objectif de changer assez souvent de look, de se fabriquer une originalité qui lui est propre, un style qui fait la différence. " Il faut écouter attentivement mes chansons, j'y parle de manière non voilée, pas hypocrite, mais loin de la vulgarité. " Selon elle, " il faut avancer, apporter du nouveau, du rêve, du modernisme au visuel Sénégalais et la suggestion est mon moyen à moi pour le faire " De la suggestion savante à la floraison d'une polysémie enrichissante en passant par le look changeant, Coumba Gawlo rappelle sa chance d'avoir côtoyé très tôt le show-business. La belle demoiselle qu'elle est, avance que " tout est réfléchi et pensé ", avec quand même, un brin de souci d'apporter du neuf et de surprendre.
Dès lors, elle se réjouit de créer toute une discussion autour de ses chansons, déplorant un brin de soupçon, le fait que ses textes soient un peu occultés. " Sur toute une chanson, les gens vont retenir peut être deux phrases, les plus provocatrices bien évidemment. Ça défraye la chronique et tout le reste est vite oublié " indique la star qui reconnaît timidement que cette tactique, qui consiste à créer des quiproquos, se révèle être une stratégie de marketing qui marche fort.
La musique traditionnelle avait une valeur thématique sûre. Les chanteurs de cette génération essayaient de sensibiliser les populations sur l'excision, les dangers de l'exode rural. Si on prend le cas de Lalo Kéba Dramé, sa kora en bandoulière chantant les épopées, s'inspire de la source pour amener les gens à réfléchir sur leur société.
Très engagé, il dénonce les contradictions de la société sénégalaise. Cet engagement, on le retrouve surtout chez les rappeurs. Prenons Bill Diakhou par exemple, il dénonce des faits de société, en parlant des paysans, du gaspillage au détriment de la raison.
Ce qui n'est pas le cas de beaucoup d'artistes qui privilégient le rythme au détriment du texte. Certes la musique adoucit les moeurs, mais le fait est que la société sénégalaise répond de plus en plus favorablement au rythme qu'aux propos véhiculés dans les chansons. " L'émotion est nègre ", le Sénégalais a le rythme dans le sang et ses sens s'enflamment rapidement dés le premier son de tam-tam, cela les musiciens ont tôt fait de l'assimiler. Bref, on est dans un environnement culturel avec ses réalités, où des chansons sont listées qui pour des baptêmes, qui pour des séances de " sabars ", et les textes qui vont avec ne prennent pas souvent la dimension éducation. Prenez par exemple la chanson " Labat " dans la toute dernière production de Fatou Laobé Touré, elle ferait des vagues dans un baptême et cartonnerait dans un mariage, ainsi que la toute dernière production de Mbaye Dièye Faye (Songma) qui frise la vulgarité. Ces musiciens chantent, l'amour romantique, mais surtout l'amour physique, apte à dérider le plus timide des Sénégalais. Les femmes sont plus tournées vers les chansons qui véhiculent un message communautaire et verse dans la propagande.
Paresse intellectuelle
De l'avis de Didier Awadi, " cela peut se comprendre du moment que la plupart des musiciens sont des griots qui ne visent pas nécessairement une carrière internationale. " Cependant, il estime que " c'est la paresse intellectuelle qui gangrène le secteur de la musique, et que c'est malhonnête de verser dans la facilité par le biais de chansons laudatives appauvrissant. " Il ajoute que " si le rôle de l'artiste est d'être le reflet de la société, il ne faut pas occulter le fait que la dance-music garde toute son importance. "
Néanmoins, force est de constater que des chanteurs comme Oumar Pène véhicule des messages remplis de sens à l'endroit de leur auditoire. C'est le cas aussi d'autres musiciens comme Ismaïla Lô ou encore Souleymane Faye et Abdou Guité Seck qui travaillent leurs textes. Au total selon Iba Ndiaye Djadji, " il existe des textes très en profondeur et constructifs. " Maintenant, il affirme qu'il faudrait aller dans le sens de réfléchir sur la réalité culturelle. " Sa recommandation aux musiciens serait qu'ils doivent visiter la poésie sénégalaise qui est très riche avec des textes rythmés et faire l'effort d'être cultivé. Cette culture, Abdou Guité Seck dit l'avoir acquise à travers sa rencontre avec d'autres cultures et d'avoir su l'assimiler à la sienne. Il se fait ainsi la voix des sans voix et s'inspire de son vécu et de son entourage.
L'encadrement, cette vilaine plaie
L'industrie culturelle sénégalaise souffre de multiples maux dont la moindre n'est pas l'amateurisme constaté dans le domaine de l'encadrement. C'est encore plus vrai dans le domaine de la musique. Pourtant, l'encadrement de l'artiste est un facteur à la fois important et déterminant dans l'évolution de la carrière de ce dernier. S'il n'est pas bien assuré il peut constituer un sérieux handicap. Ainsi même si en général il existe une réglementation dans ce domaine, elle n'est pas toujours prise en compte au Sénégal. "Dans ce milieu (la musique, Ndlr) tout le monde peut s'improviser manager sans pour autant avoir les compétences requises", a déploré Coumba Gawlo. Cependant, il faut le noter, pour beaucoup le management artistique amateur n'a pas d'effets néfastes.
Dans le milieu hip-hop, le manque de professionnalisme est la chose la mieux partagée surtout dans le domaine du management. Et pourtant, cela leur a plus ou moins réussi. C'est qu'à la base, il y a "la foi au rap la volonté de s'en sortir". Là où le manque de professionnalisme se paie cher, c'est lorsqu'il s'agira de négocier des contrats et autres. Combien de fois n'a t-on pas vu des artistes se faire rouler dans les termes d'un contrat ? Un minimum de connaissance juridique, ils sont légion les encadreurs qui ne l'ont pas. Or, le plus souvent, l'artiste, dans le contexte où il baigne, n'a pas les moyens de s'attacher les conseils d'un avocat. Par ailleurs, c'est la règle au Sénégal de voir un musicien être tout à la fois : auteur-compositeur, manager, attaché de presse "Il est clair que le management requiert des notions de bases. Et quoi qu'on puisse dire, la formation, donc l'instruction, sera toujours une donnée fondamentale", est convaincu e Coumba G. Seck.
Cependant, de l'avis de Lotère Gomis, manager du Positive black Soul(Pbs) "les écoles ne donnent que des notions théoriques et l'on ne se forme vraiment qu'à l'école de l'expérience." C'est-à-dire " en situation ". Toute fois, estime-t-il, "il y a un grand besoin d'assainir le secteur du management artistique." Il est nécessaire, pour cela, de former sérieusement les acteurs en renforçant les cycles de formations aux métiers de la musique. De ce point de vue, il urge de mettre en place des structures qui prennent en charge la formation à la gestion de projets, de contrats, de tournées
Dans ce domaine, il n'existe pas au Sénégal une école spécialisée dans le management artistique. Seulement des structures qui assurent des sessions plus ou moins courtes de formation.
COUMBA GAWLO SECK
Provocation, perversion ou audace ?
"Non, je ne suis pas subversive !", s'est défendue Coumba Gawlo Seck qui était lundi dernier l'invitée de la rédaction du Sud Quotidien. Selon elle, c'est fausser le débat que de le poser en ces termes. Parce que la Sénégalaise, c'est la sensualité personnifiée. Alors, sa musique traduit en rythme cette sensualité féminine que d'aucuns ont vite fait d'assimiler à de la provocation, sinon à de la perversion. "Admirez la femme sénégalaise dans ses propos, sa démarche Tout est sensualité, érotisme. Personnellement, je ne crois pas avoir poussé trop loin le bouchon". Et Coumba Gawlo de poursuivre : "J'ai n'ai fait juste que renvoyer à notre société une facette de son image". Provocatrice, Coumba ? Par rapport à qui et/ou à quoi ? Une chose est sûre : elle est téméraire l'auteur de Ma yeur sa li nga Yor. Oser ainsi défier les " garants " de l'ordre moral et éthique de notre société comme le tonitruant Oustaz Seck !
Provovation, subversion Coumba ne sait pas ce que ces mots veulent dire. Par contre, elle assume pleinement et entièrement son audace. "C'est révolu le temps où l'on passait son temps derrière le baobab. Il faut évoluer, apporter du rêve, bousculer les tabous." Et dans cette quête, le visuel lui sert d'arme. Ma yeur li nga yor, dernière production en date de la Gawlo défraie la chronique et alimente les débats aux points de points contradictoires. Comme à chacune de ses sorties d'ailleurs. Mais quoi ? "La contradiction est le principe de la dynamique de toute chose", répond t-elle. On attend celle des " puritanismes. "
En attendant, Coumba s'en amuse par avance. Et nous, nous pensons que si au-delà ou en dépit des paroles que d'aucuns estiment pour le moins suspectes, Coumba Gawlo est toujours aussi acclamée artistiquement, c'est qu'il y a quelque chose en elle comme une teigne évidente. Une authenticité et, justement, une audace quoi qu'on en dise. La dictature sournoise du bien-pensant, est étouffante et fait suffoquer en général. L'étiquette de fille vulgaire qu'on veut lui coller, Coumba avoue la déchirer avec force et la jeter à la face de la "société qui doit elle-même se regarder et faire son introspection". Qui n'est pas d'accord ?
© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)
Selon la définition qu'en donne l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), on entend par industries culturelles "un secteur qui s'accorde à conjuguer la création, la production et la commercialisation des biens et des services dont la particularité réside dans l'intangibilité de leurs contenus à caractère culturel, généralement protégés par les doits d'auteur". On ajoute que la "particularité des industries culturelles réside dans le fait qu'aux oeuvres de l'esprit une plus-value de caractère économique y soit rajoutée".
Parce que les produits culturels contribuent tant à la sauvegarde et à l'avancement de la diversité culturelle, qu'à la démocratisation de l'accès à la culture. Leurs productions sont une source de création d'emplois et de richesses. Le Sénégal qui a ratifié toutes les conventions de l'Organisation mondiale de la Propriété intellectuelle (Ompi), fait sienne cette définition. Toutefois fait remarquer Coumba Gawlo, "les artistes travaillent dans l'informel car le secteur culturel lui-même est anarchique et les créateurs, en général, galèrent tristement". D'abord, se pose la question du droit d'auteur, absolument nécessaire pour l'avènement d'une véritable industrie culturelle qui répond aux principes et exigences déclinés par l'Unesco. Or, le droit d'auteur est méconnu de la plupart des artistes dont il est pourtant censé régir les activités. Résultat, "cette méconnaissance favorise tous les cas d'atteinte au droit d'auteur et compromet d'une certaine manière la protection et la promotion des oeuvres", ainsi que le pense Me Youssou Soumaré, juriste, spécialiste en droit d'auteur. C'est dans ce contexte, a estimé Coumba Gawlo, qu'"il arrive que certains artistes produisent d'autres dans le flou et l'illégalité la plus totale". Le droit d'auteur est le " salaire différé " du créateur. Mais il reste que "ce droit ne peut être bénéfique aux auteurs s'il n'est pas accompagné de règles et de sanctions pouvant dissuader les nombreuses atteintes qui sont portées", selon M. Soumaré.
Par ailleurs, les sanctions civiles et pénales qui l'accompagnent, en plus d'être généralement trop longues, ne sont nullement dissuasives. En effet, "il est dérisoire de condamner à payer 50 mille Fcfa de dommages et intérêts un tiers qui exploite une oeuvre qui lui rapporte des intérêts énormes". Insuffisance d'une politique de protection, environnement juridique défavorable L'industrie culturelle sénégalaise coltine des tares évidentes qui empêchent son expansion.
Le Bureau sénégalais du droit d'auteur (Bsda) qui gère tous les répertoires littéraires, musicaux, dramatiques, visuels s'est engagé dans la bataille dont l'objectif est de servir les intérêts des créateurs. "Mais la bataille que livre le Bsda doit être soutenue par les autorités étatiques, faute de quoi, elle est perdue d'avance", explique Coumba G Seck. Sur cette question, les pensionnaires du Bsda doivent s'engager. D'un engagement qui, a priori, nécessite qu'ils soient imprégnés des enjeux du droit d'auteur. Ce qui précisément n'est pas le cas.
D'autre part, aider à l'essor des industries culturelles sénégalaise c'est, selon Coumba G. Seck, faire preuve de logique et de conséquence avec soi-même au nom de l'intérêt général. "Nous artistes, sommes très égoïstes. Jouer sa partition en solo nous condamnera toujours au rôle de porteur d'eau. Ce qu'il faut, c'est que nous nous unissions pour proposer des solutions conséquentes et structurantes".
Il reste que le contexte dans lequel évoluent les créateurs sénégalais est dominé par des crises économiques récurrentes qui affectent les politiques. Et comme n'ont cessé de le déplorer les artistes, "la culture est toujours le parent pauvre des politiques de l'Etat". Quant au secteur privé qui aurait dû prendre le relais des pouvoirs publics, il n'est ni suffisamment développé, ni suffisamment concerné pour en prendre l'initiative.
L'équation des structures
Après la traque des pirates par le Bsda sur hologrammes et aux contrefacteurs, c'est l'Etat qui va certainement organiser celle aux studios illégaux d'enregistrement ou de duplication. A l'heure actuelle, il est impossible de dénombrer avec exactitude le nombre de structures de ce genre. Il en essaime un peu partout. Or, "la plupart de leurs propriétaires n'ont fait aucune démarche auprès des structures compétentes de l'Etat pour déclaration en bonne et due forme", a affirmé une source proche des services des impôts.
On image le manque à gagner pour l'Etat si l'on tient compte du fait qu'au bas mot, "la taxe annuelle à verser n'est pas en-deçà de 20 millions Fcfa", d'après un producteur qui a requis l'anonymat. "Trop lourd", fulmine-t-on. Viennent se greffer à cette " monstruosité " pour les organisateurs de spectacles, différentes taxes. Pour la tenue de concerts, 15% sont défalqués sur le prix du ticket (perception pour la municipalité), 11% sont à verser au Bsda et, dans la mesure où c'est un stade qui accueille l'événement, les deux taxes sont additionnées en "sus de quelques petites autres", à verser à la bourse de la Mairie. "Pour nous, organisateurs de concerts, cela est exorbitant", peste Alain Texeira de Africa-Fête." Alors ? "On est obligé de ruser !" s'exclame-t-il. Ruser Ci-gît tout le mal des industries culturelles sénégalaises.
LES CONTRAINTES DE L'EXPORTATION
La disgrâce du Mbalax pur et dur
Fini le temps de la fascination, voici venue la période du doute. Les musiciens reconnaissent désormais que le Mbalax traditionnel, genre musical devenu un label sénégalais comme l'est le Soul Makossa pour les Camerounais, est en train de s'essouffler. Ainsi, une nouvelle orientation est en train de se dessiner à grand renfort de cassettes avec le soutien des producteurs.
La musique sénégalaise connaît une nouvelle vague de talents comme Pape et Cheikh, Diogal Sakho, qui font dans différents tempos. Une manière de prendre leurs distances vis-à-vis de la tyrannie du Mbalax qui régnait jusqu'ici et qui voit l'unanimité qui l'entourait se fissurer dans le milieu du show-biz. Assurément, le mbalax peine à trouver ses marques dans un secteur qui s'est diversifié. C'est ainsi qu'il cherche à établir des connexions avec le rap, la salsa ou le jazz. Pape Niang, une des figures de proue de cette tendance fait de la bonne musique avec un mbalax jazz original. Cela se comprend aisément si l'on sait que les percussions qui soutiennent et font le rythme mbalax ne font bouger que les Sénégalais. Il en est ainsi du sabar (tam-tam) qui déverse diverses sonorités sans aucune " législation " des tempos. C'est dire que le mbalax pur et dur peine à enjamber sa spécificité pour accéder à l'universel.
C'est certainement cela qui explique le fait qu'on n'ait pas encore un artiste chanteur sénégalais disque d'or par la seule grâce des sonorités Mbalax. C'est toujours, soit une reprise soit des duos avec des artistes étrangers qui leur ont réussi jusqu'ici.
Youssou Ndour , disque d'or pour " Seven seconds " en duo avec Neney Cherry et Coumba Gawlo Seck, disque d'or et disque de platine avec la reprise de " Pata Pata " de Myriam Makeba en sont la preuve vivante. Coumba Gawlo qui a cartonné un été durant au top des hits reste convaincue que " le Mbalax est une musique traditionnelle ", mais ne pense pas qu'elle soit universelle. " Elle doit néanmoins consolider ses acquis. "
Pour cela, elle a résolument opté pour la recherche du consensus, bref, pour une " ouverture responsable. " Elle est d'avis que, " c'est rêver que de croire que l'on peut triompher sur le marché mondial de la musique avec le Mbalax. " " Il faut avoir à son actif des capacités de rester dans les nouvelles tendances, les nouveaux tempos, les rythmes actuels sans pour autant trahir son cachet de chanteuse avant tout sénégalaise " ajoute t-elle.
Pour la chanteuse de Ma yeur li nga yor, ce procédé est bien loin d'un renoncement, bien au contraire. Abdou Guité Seck, qui chante depuis sa plus tendre enfance, en est convaincu. Selon lui, " le temps est à l'innovation et au renouvellement pour assurer une meilleure visibilité du mbalax au niveau international."
Iba Ndiaye Djadji est un critique. A ce titre, il est contre le principe qui met en avant l'idéal de la vente. Selon lui, " le mbalax est devenu une musique fondamentalement commerciale, qui se soumet aux règles des musiques du monde. Ce qu'il faudrait c'est se battre pour avoir un mbalax puisé aux sources et exportable. " Youssou Ndour qui s'est fait un nom dans le monde de la musique a choisi une solution médiane : sortir annuellement une production pour son public traditionnel et une autre destinée au marché international tous les trois ou quatre ans.
Mais, une question garde toute sa pertinence : la musique mbalax doit-elle s'occidentaliser pour s'exporter ?
Si le mbalax a des difficultés à percer hors des frontières, il urge de se demander quelles en sont les véritables causes. Est-ce lié à une question de promotion ou de politique culturelle ? " Non ! " répond fermement Coumba Gawlo Seck. " Le Mbalax n'est pas un mauvais produit en soi, mais s'il est métissé, il rencontre l'aval du Show-business, il s'adoucit et devient plus recherché dans sa qualité. Ce n'est plus un concert de tam-tam et de percussions qui font danser les Sénégalais, mais tout un ensemble de musicalité. Il faut y apporter une touche originale, savamment dosée ".
Mais, le fait est que le marché sénégalais est restreint et les revenus qu'il génère ne sont pas non plus importants pour faire vivre son homme. Finalement, le problème n'est plus culturel. Il est économique.
THEMES ET CONTENUS
L'héritage des chansons populaires
L'industrie musicale sénégalaise est en plein essor. Depuis quelques années, l'activité musicale connaît une réelle expansion, notamment depuis la création du Programme de soutien des initiatives culturelles, (Psic). Pourtant, déjà, ce programme est menacé par plusieurs maux. Tare ou maladie infantile de l'industrie musicale sénégalaise moderne, la pauvreté du contenu des chansons a du mal à s'estomper. Or, dans un contexte politique et social troublé, le message devient un élément essentiel de la chanson populaire. Pourquoi les artistes négligent-ils cette part de leur travail ?
La répétition a une vertu pédagogique, c'est bien connu. Pourvu qu'il y ait un enseignement dans la parole. À travers l'histoire, les sociétés humaines ont transmis des savoirs et surtout des consignes de sagesse par le canal de chansons populaires. La fonction éducative de la chanson populaire est non négligeable, pour deux raisons au moins : d'une part, elle atteint un grand nombre de personnes dont des sujets jeunes et encore influençables. D'autre part, les rythmes entraînants qui portent les messages incitent au fredonnement, à la répétition. D'où la pédagogie. Une des preuves éloquentes de l'importance de la chanson populaire est l'abondante littérature qui lui est consacrée dans les milieux académiques et son utilisation dans l'éducation au sein des familles.
La société sénégalaise et la musique sénégalaise n'échappent pas à cette règle universelle. Si les chansons des répertoires traditionnels wolof, peulh, mandingue, joola, entre autres segments culturels, empreintes de sagesse qui ont traversé les générations témoignent de ce rôle, les mélodies de ces derniers vingt ans ont manifestement perdu de la force et de la densité des messages éducatifs.
Certaines paroles des chansons sénégalaises n'éduquent pas. On a vu des textes comme " Womat " de Youssou Ndour qui s'inspire de la Fontaine, fabuliste français du 17ème siècle, et Souleymane Faye qui traduit des réalités propres à la société sénégalaise.
Les textes des chansons sont souvent légers et ne traitent pas de thèmes qui pourraient conscientiser les populations. Quand on sait que plusieurs maux gangrènent la société sénégalaise, les artistes seraient les mieux placés pour véhiculer des grands messages et interpeller les gens sur les problèmes. Par exemple, l'éthique, l'éducation, la formation, l'information et les vertus qui nous sont propres.
Au- lieu de cela, les musiciens ont plus tendance à sauter sur l'événementiel, beaucoup plus rentable, et manquent d'anticipation ainsi que de perspectives Tel fut le cas lors de la dernière coupe du monde. Toute la création musicale tournait autour de l'événement, et la floraison de la production tournait à la répétition indolente. Coumba Gawlo Seck être affirme ne pas faire partie de ceux-là. Elle dit " appartenir à ces artistes qui véhiculent des thèmes forts ". C'est le cas de ses chansons qui traitent du naufrage du joola ou encore qui interpellent les femmes mariées sur les rapports à entretenir avec leurs belles-mères loin des conflits (bin-bin).
Elle avoue qu'elle a choisi de ne pas sortir des chansons exclusives sur les jambars, malgré son civisme exacerbé' pour ne pas suivre la vague " D'ailleurs en ce moment, elle est entrain de faire des tournées scolaires pour le plaisir des élèves, et en profite pour discuter des problèmes graves et d'actualité, comme celui du sida, du taux élevé de la toxicomanie et des dangers de la prolifération de la violence dans le milieu scolaire. " Personnellement, je pense que l'artiste doit être visionnaire et je pense l'être. Une chanson doit faire réfléchir et attirer l'attention ". Et quand on la traite de provocatrice, elle s'esclaffe et répond qu'elle se définirait plutôt comme audacieuse. Entendez par là, osez proposer quelque chose de différent, qui à la limite dérange. C'est ainsi qu'elle se donne pour objectif de changer assez souvent de look, de se fabriquer une originalité qui lui est propre, un style qui fait la différence. " Il faut écouter attentivement mes chansons, j'y parle de manière non voilée, pas hypocrite, mais loin de la vulgarité. " Selon elle, " il faut avancer, apporter du nouveau, du rêve, du modernisme au visuel Sénégalais et la suggestion est mon moyen à moi pour le faire " De la suggestion savante à la floraison d'une polysémie enrichissante en passant par le look changeant, Coumba Gawlo rappelle sa chance d'avoir côtoyé très tôt le show-business. La belle demoiselle qu'elle est, avance que " tout est réfléchi et pensé ", avec quand même, un brin de souci d'apporter du neuf et de surprendre.
Dès lors, elle se réjouit de créer toute une discussion autour de ses chansons, déplorant un brin de soupçon, le fait que ses textes soient un peu occultés. " Sur toute une chanson, les gens vont retenir peut être deux phrases, les plus provocatrices bien évidemment. Ça défraye la chronique et tout le reste est vite oublié " indique la star qui reconnaît timidement que cette tactique, qui consiste à créer des quiproquos, se révèle être une stratégie de marketing qui marche fort.
La musique traditionnelle avait une valeur thématique sûre. Les chanteurs de cette génération essayaient de sensibiliser les populations sur l'excision, les dangers de l'exode rural. Si on prend le cas de Lalo Kéba Dramé, sa kora en bandoulière chantant les épopées, s'inspire de la source pour amener les gens à réfléchir sur leur société.
Très engagé, il dénonce les contradictions de la société sénégalaise. Cet engagement, on le retrouve surtout chez les rappeurs. Prenons Bill Diakhou par exemple, il dénonce des faits de société, en parlant des paysans, du gaspillage au détriment de la raison.
Ce qui n'est pas le cas de beaucoup d'artistes qui privilégient le rythme au détriment du texte. Certes la musique adoucit les moeurs, mais le fait est que la société sénégalaise répond de plus en plus favorablement au rythme qu'aux propos véhiculés dans les chansons. " L'émotion est nègre ", le Sénégalais a le rythme dans le sang et ses sens s'enflamment rapidement dés le premier son de tam-tam, cela les musiciens ont tôt fait de l'assimiler. Bref, on est dans un environnement culturel avec ses réalités, où des chansons sont listées qui pour des baptêmes, qui pour des séances de " sabars ", et les textes qui vont avec ne prennent pas souvent la dimension éducation. Prenez par exemple la chanson " Labat " dans la toute dernière production de Fatou Laobé Touré, elle ferait des vagues dans un baptême et cartonnerait dans un mariage, ainsi que la toute dernière production de Mbaye Dièye Faye (Songma) qui frise la vulgarité. Ces musiciens chantent, l'amour romantique, mais surtout l'amour physique, apte à dérider le plus timide des Sénégalais. Les femmes sont plus tournées vers les chansons qui véhiculent un message communautaire et verse dans la propagande.
Paresse intellectuelle
De l'avis de Didier Awadi, " cela peut se comprendre du moment que la plupart des musiciens sont des griots qui ne visent pas nécessairement une carrière internationale. " Cependant, il estime que " c'est la paresse intellectuelle qui gangrène le secteur de la musique, et que c'est malhonnête de verser dans la facilité par le biais de chansons laudatives appauvrissant. " Il ajoute que " si le rôle de l'artiste est d'être le reflet de la société, il ne faut pas occulter le fait que la dance-music garde toute son importance. "
Néanmoins, force est de constater que des chanteurs comme Oumar Pène véhicule des messages remplis de sens à l'endroit de leur auditoire. C'est le cas aussi d'autres musiciens comme Ismaïla Lô ou encore Souleymane Faye et Abdou Guité Seck qui travaillent leurs textes. Au total selon Iba Ndiaye Djadji, " il existe des textes très en profondeur et constructifs. " Maintenant, il affirme qu'il faudrait aller dans le sens de réfléchir sur la réalité culturelle. " Sa recommandation aux musiciens serait qu'ils doivent visiter la poésie sénégalaise qui est très riche avec des textes rythmés et faire l'effort d'être cultivé. Cette culture, Abdou Guité Seck dit l'avoir acquise à travers sa rencontre avec d'autres cultures et d'avoir su l'assimiler à la sienne. Il se fait ainsi la voix des sans voix et s'inspire de son vécu et de son entourage.
L'encadrement, cette vilaine plaie
L'industrie culturelle sénégalaise souffre de multiples maux dont la moindre n'est pas l'amateurisme constaté dans le domaine de l'encadrement. C'est encore plus vrai dans le domaine de la musique. Pourtant, l'encadrement de l'artiste est un facteur à la fois important et déterminant dans l'évolution de la carrière de ce dernier. S'il n'est pas bien assuré il peut constituer un sérieux handicap. Ainsi même si en général il existe une réglementation dans ce domaine, elle n'est pas toujours prise en compte au Sénégal. "Dans ce milieu (la musique, Ndlr) tout le monde peut s'improviser manager sans pour autant avoir les compétences requises", a déploré Coumba Gawlo. Cependant, il faut le noter, pour beaucoup le management artistique amateur n'a pas d'effets néfastes.
Dans le milieu hip-hop, le manque de professionnalisme est la chose la mieux partagée surtout dans le domaine du management. Et pourtant, cela leur a plus ou moins réussi. C'est qu'à la base, il y a "la foi au rap la volonté de s'en sortir". Là où le manque de professionnalisme se paie cher, c'est lorsqu'il s'agira de négocier des contrats et autres. Combien de fois n'a t-on pas vu des artistes se faire rouler dans les termes d'un contrat ? Un minimum de connaissance juridique, ils sont légion les encadreurs qui ne l'ont pas. Or, le plus souvent, l'artiste, dans le contexte où il baigne, n'a pas les moyens de s'attacher les conseils d'un avocat. Par ailleurs, c'est la règle au Sénégal de voir un musicien être tout à la fois : auteur-compositeur, manager, attaché de presse "Il est clair que le management requiert des notions de bases. Et quoi qu'on puisse dire, la formation, donc l'instruction, sera toujours une donnée fondamentale", est convaincu e Coumba G. Seck.
Cependant, de l'avis de Lotère Gomis, manager du Positive black Soul(Pbs) "les écoles ne donnent que des notions théoriques et l'on ne se forme vraiment qu'à l'école de l'expérience." C'est-à-dire " en situation ". Toute fois, estime-t-il, "il y a un grand besoin d'assainir le secteur du management artistique." Il est nécessaire, pour cela, de former sérieusement les acteurs en renforçant les cycles de formations aux métiers de la musique. De ce point de vue, il urge de mettre en place des structures qui prennent en charge la formation à la gestion de projets, de contrats, de tournées
Dans ce domaine, il n'existe pas au Sénégal une école spécialisée dans le management artistique. Seulement des structures qui assurent des sessions plus ou moins courtes de formation.
COUMBA GAWLO SECK
Provocation, perversion ou audace ?
"Non, je ne suis pas subversive !", s'est défendue Coumba Gawlo Seck qui était lundi dernier l'invitée de la rédaction du Sud Quotidien. Selon elle, c'est fausser le débat que de le poser en ces termes. Parce que la Sénégalaise, c'est la sensualité personnifiée. Alors, sa musique traduit en rythme cette sensualité féminine que d'aucuns ont vite fait d'assimiler à de la provocation, sinon à de la perversion. "Admirez la femme sénégalaise dans ses propos, sa démarche Tout est sensualité, érotisme. Personnellement, je ne crois pas avoir poussé trop loin le bouchon". Et Coumba Gawlo de poursuivre : "J'ai n'ai fait juste que renvoyer à notre société une facette de son image". Provocatrice, Coumba ? Par rapport à qui et/ou à quoi ? Une chose est sûre : elle est téméraire l'auteur de Ma yeur sa li nga Yor. Oser ainsi défier les " garants " de l'ordre moral et éthique de notre société comme le tonitruant Oustaz Seck !
Provovation, subversion Coumba ne sait pas ce que ces mots veulent dire. Par contre, elle assume pleinement et entièrement son audace. "C'est révolu le temps où l'on passait son temps derrière le baobab. Il faut évoluer, apporter du rêve, bousculer les tabous." Et dans cette quête, le visuel lui sert d'arme. Ma yeur li nga yor, dernière production en date de la Gawlo défraie la chronique et alimente les débats aux points de points contradictoires. Comme à chacune de ses sorties d'ailleurs. Mais quoi ? "La contradiction est le principe de la dynamique de toute chose", répond t-elle. On attend celle des " puritanismes. "
En attendant, Coumba s'en amuse par avance. Et nous, nous pensons que si au-delà ou en dépit des paroles que d'aucuns estiment pour le moins suspectes, Coumba Gawlo est toujours aussi acclamée artistiquement, c'est qu'il y a quelque chose en elle comme une teigne évidente. Une authenticité et, justement, une audace quoi qu'on en dise. La dictature sournoise du bien-pensant, est étouffante et fait suffoquer en général. L'étiquette de fille vulgaire qu'on veut lui coller, Coumba avoue la déchirer avec force et la jeter à la face de la "société qui doit elle-même se regarder et faire son introspection". Qui n'est pas d'accord ?
© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)
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