Quand rap et mbalax jouent sur le même tempo

Quand rap et mbalax jouent sur le même tempo

Entre le mbalax et le rap, c'était le " je t'aime, moi non plus ", ponctué d'attaques frontales entre les artistes des genres opposés. Au détour de quelques opus, la paix est signée. Depuis, mbalax et rap cheminent lyrics dans lyrics.

" Le Sénégal est la patrie du mbalax. " Ainsi parlait Alpha Dia dans un " Sénérap : Les collaborations avec les chanteurs locaux ". Le Sénégal, patrie du rap ! Et le mbalax, alors ? Pourtant ce courant musical, qui a émergé vers la fin des années 70 et popularisé par Youssou Ndour, Thione Seck et les autres, est largement antérieur au mouvement rap.

Ce genre musical qui s'abreuve des rythmes traditionnels et nourrit les danses locales, a longtemps été le moyen par lequel ses tenants se sont illustrés comme de véritables thuriféraires des grands hommes du pays. Ce qui a fait dire à certains rappeurs que " cette musique (le mbalax, Ndlr) est pour amuser la galerie. " Ces derniers se veulent " plus sérieux. " En tout cas, ils sont revendicatifs dans leurs thèmes et prônent l'engagement sans faille. Réplique des chanteurs mbalax : " l'attirail des rappeurs est trop occidental et leur discours trop violent. " Au départ, ça semblait donc mal parti entre ces deux courants. Mais le temps est passé par là. Et Big D, ex-membre de Yat Fu, de constater : " les chanteurs de mbalax ont pris une direction différente et les rappeurs ont changés eux aussi. " Qui a influencé l'autre ? " La question n'est pas là ", répond un rappeur, sans vraiment dire où elle était. On retiendra donc l'influence réciproque. Ainsi, l'alchimie entre le rap et le mbalax a finalement eu lieu. En 1994 précisément, lorsque les kids du Positive Black Soul (Pbs) convient, autour de Boul fale bou bès les artistes mbalax comme Omar Pène, Baba Maal la défunte Aminata Fall et bien d'autres. La production fut un réel succès. De là, s'enchaînent les collaborations : Alioune M. Nder, Ma Sané (Wa Flash) figurent sur la complil' Sénérap sortie en 1997. Le cousinage Rap-Mbalax se donne à voir sur la scène musicale sénégalaise. Des rappeurs assurent les premières parties des concerts mbalax et vice-versa. Didier Awadi, leader du Pbs, reconnaît : " j'ai cherché la rencontre pour un enrichissement mutuel ". Même son de cloche chez Omar Pène. Quant à Big D, son point de vue tient à ceci : " Le Mbalax, est un patrimoine culturel sénégalais et africain. Mais le rap est aussi originaire d'Afrique. "

Quand on regarde sur le rétroviseur, c'est pour se rendre compte que c'est Cheikh Ndiguel Lô qui, le premier, a ouvert les hostilités : " le rap est une musique pauvre musicalement ", disait-il, ajoutant que les rappeurs avaient un " discours démago " et " vide de sens ". La réplique est instantanée. Dans un de ses albums (Xibaru underground) le groupe Rap'Adio qualifie les artistes mbalax de " musiciens de pacotille, lascifs en plus. " " Où as-tu déjà vu des MC's déclamer leur vers, juste afin que les gonzesses puissent se déambuler les hanches et les fesses ", chantent-ils dans le track en question. Le côté laudatif et " faux dévot " des Youssou Ndour et compagnie est également mis en exergue et déploré par Awadi en ces termes " Je ne supporte pas ce manque d'inspiration et ce commerce qui est fait de la religion par les chanteurs de Mbalax. "

Au vu de ce que nous observons sur la scène musicale actuelle, tous ces échanges de propos belliqueux semblent rangés au tiroir des mauvais souvenirs. " Il n'ya plus de concurrence entre nous ", déclare Big D. " J'ai du respect pour le discours engagé des rappeurs " avoue Thione Seck. La hache de guerre est ainsi enterrée. Mais à l'analyse, cela ne relève-t-il pas de raisons purement stratégico-commerciales ? Entre un mbalax toujours plat et un rap en mal d'inspiration, il y a bien lieu de le croire.

© Sud Quotidien (www.sudonline.sn)

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